Argitxu Camus

Argitxu Camus

"Nous avons évincé par inadvertance les femmes de l’histoire de l’émigration basque"

  • ICB - Xan Aire
  • 01-10-2015
  • Langue : Basque

Argitxu Camus Etxekopar (1980, Viodos-Abense-de-Bas, Soule) est chargée de mission à l’Office Public de la Langue Basque, ainsi que chercheuse reconnue. Son fil conducteur a été l’émigration basque, au point d’être employée au Basque Studies Center de Reno. L’Institut Culturel Basque l’a conviée au débat du 16 octobre 2015 à Ustaritz afin de répondre à la question suivante : l’émigration basque, plus qu’un souvenir ?

Etait-ce simple d’être euskaldun et bascophile dans la Soule de votre enfance ?
Oui et non... Dans mon environnement proche, oui : les membres de famille étaient euskaldun, et nos parents avaient clairement fait le choix de l’ikastola pour nous. Mais je me suis vite rendue compte de l’existence d’au moins deux mondes : ceux qui savaient l’euskara, et ceux qui ne le savaient pas. Durant mon enfance, il n’était pas normal d’aller à l’ikastola, mais pour ma sœur qui est de 14 ans plus jeune, oui. Je devais pour ma part expliquer ce qu’était l’ikastola, puisque mes compagnons avaient écho de plusieurs préjugés dans leurs foyers... Le problème n’était pas forcément l’euskara : on liait l’ikastola aux choses politiques ; un enfant me dit un jour que nous fabriquions des bombes dans notre école, et moi, je ne savais même pas ce que c’était ! Je me souviens être allée voir les adultes de l’ikastola, en leur demandant ce que pouvait bien être une bombe... 

La Soule a une culture spécifique en euskara : les chants, les mascarades, et, à un certain point, la pastorale... Comment avez-vous vécu cette atmosphère ?
Je dois d’abord préciser que mon village se trouve dans la zone de Pettarra : assez proche du Béarn, ainsi que du monde industriel de Mauléon ; l’euskara s’y est perdu plus tôt que dans les autres secteurs de Soule. A l’époque de mon grand-père paternel déjà, on entendait plus le français que le basque, ainsi que des langues comme l’espagnol ou le portugais. Il y avait là plusieurs mondes, presque parallèles, qui ne se croisaient pas beaucoup en tout cas. Pour ma part, j’ai appris à chanter tôt avec mes parents d’abord, ma mère et mon oncle en particulier, sans oublier ma grand-mère maternelle... Nous étions comme immergés dans les chants et bertso traditionnels, naturellement, même en travaillant ou lors de nos rassemblements familiaux. C’en était ainsi du côté Etxekopar ! 

Et du côté des Camus ?
Des grands-parents bascophones, mais n’ayant pas transmis la langue à leurs enfants. Mon père avait décidé de l’apprendre à 18 ans... Ses parents n’avaient pas compris ce choix, ni d’ailleurs le fait que nous soyons à l’ikastola par la suite. Le temps a depuis fait son œuvre, et je pense qu’ils ont évolué au fur-et-à-mesure que nous grandissions. En tout cas, comme notre grand-père est toujours là – il a 95 ans – je dirais que mes sœurs et moi avons, en comparaison à ses autres petits-enfants, une relation différente, du fait de partager cette langue avec lui. 

Vous avez dit qu’il y a ceux savent l’euskara et ceux qui ne le savent pas... L’affaire doit être un peu plus complexe que cela, lorsque ceux qui savent le basque prennent le chemin de ne pas le transmettre... Dans quelle ambiance cela baigne-t-il la Soule ?
Cela me donne beaucoup de frustration, depuis toute petite... Des maux de ventre ! Dans la peur de dire un petit “Egün hun!”... Ce n’est pas facile ! Nous devons toujours faire attention à ne pas frustrer l’autre... Mais sans donner d’importance à nos propres frustrations ! Certains vivent cela normalement, mais personnellement, cela me fatigue. Surtout lorsque l’on sait combien de gens comprennent l’euskara, et qu’ils sont plus qu’on ne le croit à pouvoir le parler. Néanmoins, il me semble que les choses changent, s’apaisent. 

D’où tirez-vous ces pressentis positifs ?
Mes amis d’enfance de Pettarra parlent aujourd’hui basque avec leurs propres gamins. J’en suis restée ébahie à mon retour des Etats-Unis ! Ils avaient toujours caché qu’ils savaient l’euskara : ils ne l’utilisaient pas hors de leurs foyers. Vous voyez bien qu’il y avait là une certaine frustration, puisqu’ils gardaient secrètement la langue de la maison en eux... 

Est-ce que cette frustration ne s’extériorise pas lors des fêtes, en chantant à tue-tête en basque, ou en chuchotant quelques confidences au creux de l’oreille ?
Et lors des mascarades ! Le code y est en euskara : vous devez au moins le comprendre, ou bien les relations avec le public aussi sont en basque, même quand elles sont improvisées. Les jeunes générations me surprennent, lorsque je constate à quel point ils savent le basque ! Il y a donc des rendez-vous où il est permis de le parler... Nous pouvons respirer en euskara, et c’est si bon ! 

La pastorale de cette année a fait couler beaucoup d’encre : écrite à l’origine en français, puis traduite en basque. Comment avez-vous vécu l’évènement ?
Je n’ai jamais douté qu’ils la traduiraient en euskara. Ma plus grande crainte était que le texte en français soit plus riche que celui en basque. Après la représentation, j’ai constaté que les traducteurs avaient effectué un travail remarquable. Nous ne devons cependant pas être hypocrites : nous savons quelle est la situation de l’euskara en Soule, que plus de la moitié des aktür de la pastorale ne sait probablement pas le parler. En conséquent, le fait d’écrire la pastorale d’abord en français peut représenter la peur d’un signal de notre lente descente. Aussi se dire que nous n’avons pas franchi un cap jusqu’à présent, et qu’il se pourrait, une fois après l’avoir fait, que nous ouvrions la porte à beaucoup de choses. En Béarn, il y a eu des pastorales en français et en béarnais... Pour le moment, l’hégémonie de l’euskara n’est pas mise en doute en Soule, parce que des voix s’élèvent aussi très vite. 

Voyez-vous les choses évoluer positivement depuis l’Office Public de la Langue Basque ?
Je ressens de moins en moins de craintes dans les deux sections que je travaille : l’apprentissage de l’euskara des adultes et l’édition. De plus en plus de personnes apprennent le basque, et nous avons droit à des chiffres positifs, même s’il nous reste encore beaucoup de chemin à parcourir dans le domaine de la connaissance de l’euskara... Surtout si nous voulons des locuteurs complets. C’est aussi pour cela que l’édition est importante, que les bibliothèques disposent également d’une offre conséquente en basque, et qu’un réseau soit garanti pour mener jusqu’à la lecture. En général, le sentiment vis-à-vis de l’euskara est de plus en plus positif, ce qui est fondamental. 

Et à quel sentiment lie-t-on l’émigration basque en Soule ?L’émigration est généralement rattachée en Pays Basque à un exil. Le départ, la difficulté de prendre cette décision, et même une fois dehors, le cri quotidien du manque de la terre mère. Notre tradition orale traduit bien ce sentiment d’exil. La plupart des chants souletins sont mélancoliques, et les plus belles sont très tristes ! Et pas que les paroles, les mélodies aussi... 

Quelles conséquences sociales, psychologiques... a eu l’émigration en Soule ?
Si je devais souligner un point principal, ce serait celui de la chaîne d’émigration. Si un ou deux membres d’une famille partaient, ils envoyaient souvent des lettres à la maison natale, ce qui avait pour conséquence de faire ressentir la Californie ou l’Argentine très proches dans l’imaginaire de ceux restés au pays. C’est de cette relation-là qu’ils continuaient à partir. Il me semble que nous devons cesser de croire que nos émigrants étaient passifs. Ils avaient plusieurs options : devenir prêtre ou religieuse, se marier à un héritier (ou une héritière), être ouvrier dans une usine d’espadrilles à Mauléon... Là-même, à quelques kilomètres... Mais ils choisissaient pourtant de partir à l’autre bout de l’océan. 

Influencés par la chaîne de l’émigration que vous évoquez...
Exactement. Ils ne connaissaient pas l’Amérique, mais avaient la garantie d’avoir de la famille là-bas. Alors qu’à Mauléon, ils n’avaient probablement aucun proche ! 

Sans oublier la structuration de l’émigration...
Tout était très bien organisé. Il y avait des agents d’émigrations, qui faisaient la tournée des maisons, mettaient des publicités dans les journaux. Cela aussi facilitait les départs du pays. Ces agents pouvaient même avancer l’argent, et les émigrants les remboursaient par la suite. Ou bien la famille d’Amérique pouvait aussi payer le voyage, tout comme celle de Soule. Il y avait, au Pays Basque, la possibilité d’amasser de l’argent pour émigrer : ce n’était pas le cas en Irlande, où les gens mourraient de faim, comme lors de la potato famine. Les nôtres étaient maîtres de leur décision de s’en aller. 

Néanmoins, une fois désirer rentrer au Pays Basque, il leur est arrivé d’avoir les portes de leur maison natale fermées...
Ou que les émigrés ferment eux-mêmes les portes à leur maison natale. Ils étaient partis dans l’idée de faire fortune, et n’y parvenaient pas toujours. Cela leur pouvait être un déshonneur, et ils ne rentraient pas. Puis il faut aussi prendre en compte le syndrome de l’émigré : on sait d’où l’on vient, mais après avoir vécu à un endroit durant un certain nombre d’années, on peut être perdu... Aussi bien dans sa tête que dans son pays, puisque le temps a beaucoup changé les choses. 

Vous avez passé pas mal d’années aux Etats-Unis, et continuez d’y aller régulièrement : quel genre de Basques trouvez-vous là-bas ?
Aux Etats-Unis se trouvent encore beaucoup de membres de la génération des derniers émigrés. La plupart étant partis dans les années 1960, on y voit des gens encore en forme, ainsi que leurs enfants et petits-enfants. Lors des fêtes basques, vous voyez ceux qui ont fait fortune, mais la plupart ont une vie simple : ils vivent correctement. Puis il y avait ceux qui vivaient dans la misère... Eux ne s’approchaient pas des fêtes de la diaspora : d’une part, parce que ce genre d’évènement demande de l’argent (frais de voyage, de consommation), puis parce qu’ils avaient évidemment honte. Je sais que le prêtre Marcel Tillous allait les voir, ainsi que certains de leurs amis, parce qu’ils vivaient généralement dans la solitude. 

Comment en sont-ils arrivés là ?
Vous savez, il suffit parfois d’une maladie : aux Etats-Unis, les soins sont malheureusement très chers. D’autres ont perdu le peu d’argent qu’ils avaient dans les casinos. La crise de 2008 a également eu de sévères conséquences. 

Vous n’avez donc pas vu de bergers basques...
Pas en activité, non. C’est surtout le père Adrien Gaxitegi qui les a vus et étudiés, dans les années 1950. Néanmoins, le stéréotype du berger basque ne tombe pas du ciel : à une époque, tous les bergers de l’ouest des Etats-Unis étaient basques. Mais tous les Basques n’étaient pas bergers... Nous oublions beaucoup les femmes, par exemple. 

Elles ne sont pas du tout évoquées...
A ce sujet, un congrès aura lieu fin octobre, à Bayonne, organisé par Eusko Ikaskuntza et l’université, et je dois y donner une conférence qui a pour titre “L’émigration basque se conjugue aussi au féminin”. Nous avons évincé par inadvertance les femmes de l’histoire de l’émigration basque. Parce qu’elles étaient aussi moins que les hommes à quitter le Pays Basque. Il est malheureusement très difficile de quantifier le mouvement. 

Des métiers différents, des vécus différents ?
Dans le monde rude des bergers, les hommes étaient souvent à garder les brebis, alors que les femmes s’occupaient des tâches domestiques, préparaient à manger à beaucoup de bergers, tout en élevant leurs enfants. Ou bien, après s’être installés en ville, le mari travaillait à l’extérieur, maîtrisait l’anglais, s’intégrait, pendant que la femme n’avait pas d’occasion d’apprendre l’anglais : pour un adulte, il est difficile de passer par ses enfants pour apprendre la langue sociale la plus forte d’un environnement. Il y en avait aussi qui partaient seules : serveuses dans des bars, à garder des enfants... Je me souviens d’une femme basque m’ayant dit que les gens venaient toujours voir son mari afin de récolter un témoignage de l’émigration... Et qu’ils ne lui ont jamais posé de questions, alors qu’elle avait quitté son pays natal tout comme son mari, en étant partie toute seule ! 

Ce choix de partir leur était-il aussi clair que pour les hommes, ou bien avaient-elles moins d’occasion qu’eux de rester ici ?
Lorsque l’on gratte un peu, il est incroyable de constater combien de femmes sont parties à Bordeaux ou Paris. Il est aussi vrai que l’émigration des bergers était précisément organisé, et donc plus massif. Mais beaucoup de jeunes filles d’ici sont parties garder les enfants d’un oncle d’Amérique, par exemple. Ou bien comme serveuse dans un restaurant d’un parent proche qui s’était enrichi. Puis beaucoup sont restées là-bas. 

Vous aussi, au bout de quelques années passées là-bas, vous avez dû être confrontée au choix de rester ou non...
Oui. Je m’y sentais bien, étudiante puis employée au Basque Studies Center. Lors d’une fête, je me retrouve à parler avec un émigré basque, qui me demande depuis combien de temps je me trouvais aux Etats-Unis, etc... Je lui réponds que cela faisait cinq ans, et que j’avais l’idée de rentrer un jour, sans savoir exactement quand... Et voilà qu’il me rétorque : “Cela fait 50 ans que je tiens le même discours, et je ne suis jamais rentré !”. J’ai alors compris beaucoup de choses : le fait de rentrer au pays est une décision que l’on prend vraiment consciemment. Puis une mésaventure me poussa aussi hors des Etats-Unis : j’avais eu un problème de visa. Quelqu’un m’avait dénoncé auprès du FBI... Une affaire très bizarre ! Une fois, en rentrant de vacances du Pays Basque, j’apprends à l’aéroport de Salt Lake City, qu’on ne peut pas me laisser rentrer, puisque mon visa avait été annulé. Et c’est ainsi que j’ai repris un avion pour Paris ! Impossible de revenir à mon travail, ni à ma vie construite là-bas... Les autorités françaises m’ont aidée à obtenir un nouveau visa, et j’avais ainsi pu terminer mon contrat de travail à Reno. Jusqu’à l’année dernière, je n’ai pas pu entrer aux Etats-Unis sans être systématiquement questionnée durant des heures à l’aéroport. 

Vous avez toujours besoin d’aller aux Etats-Unis ?
Je crois que je mentirais si j’affirmais le contraire. Après y avoir passé six années, je continue mes recherches, et mon thème principal se trouve là-bas... J’aime y aller régulièrement, rien que pour y voir mes amis proches. Les paysages aussi me plaisent, tout en contrastes. Je me sens autant chez moi là-bas qu’au Pays Basque.

 Au bout du compte, l’émigration basque s’est-elle jamais interrompue, puisque l’on constate que beaucoup de jeunes quittent encore le Pays Basque aujourd’hui ?
Les gens ne partent pas si massivement, mais continuent à émigrer. En comparaison à l’émigration massive, le profil des émigrants est différent : il s’agit de jeunes ayant effectués des études supérieures, et qui partent continuer leur parcours universitaire ou qui ont déniché un emploi précis. Lors de l’émigration massive, si beaucoup de gens sont partis vers les zones rurales, et ont occupé des emplois liés à la terre, les émigrants d’aujourd’hui se rendent généralement dans les grandes villes : New York, Paris... Et les Basques se rendent aussi dans des villes qui ne les ont pas traditionnellement accueillis : Rome, Berlin, Shanghai... Le phénomène actuel d’émigration se différencie également d’une chose, par rapport au passé : le traumatisme de quitter la maison n’est pas forcément aussi rude grâce au développement des transports aériens, ainsi qu’à l’utilisation courante d’internet. 

Prédisez-vous un futur à la diaspora basque structurée
Etant donnée sa très bonne organisation, son avenir est assuré. Après, il faut voir son contenu. Ce n’est pas la même chose d’être euskaldun ici et là-bas, d’être euskaldun aujourd’hui ou il y a 50 ans. C’est aussi pour cela que j’aime bien employer la notion d’identités basques.

Avez-vous constaté une évolution du contenu travaillé par la diaspora ?
Aux Etats-Unis, on peut considérer la transmission familiale de l’euskara comme presque perdue. Mais il n’y a jamais eu autant de gens qui apprennent le basque dans les classes des associations. Une vingtaine d’enfants de 3 à 6 ans sont inscrits dans l’ikastola de Boise, et tous ne sont d’ailleurs pas forcément issus de familles basques ! A San Francisco, on entend le français, puisque les Basques locaux envoient leurs enfants dans les écoles françaises. La génération de nos grands-parents n’ont généralement pas transmis l’euskara dans leur famille eu Pays Basque : cela s’est évidemment produit en Amérique aussi ! 

Etre euskaldun ou non : est-ce que les euskal etxe traitent frontalement le sujet ?
Ils le travaillent, particulièrement auprès des enfants. Des activités sont organisées, avec un objectif conscient d’éveiller un sentiment basque en eux. Un stage d’été a par exemple beaucoup de succès : une centaine d’enfants se retrouvent à apprendre quelques mots d’euskara, à jouer au mus, à la pelote, de la musique, ou à danser. C’est là qu’ils ressentent fortement un côté communautaire. Après cela, comme le fait de se sentir Basque leur est cool, il leur est facile d’intégrer le mouvement de l’euskal etxe par la suite. De nos jours, la communauté basque emploie la moindre excuse pour se réunir : même une partie de base-ball ! Le fait de se sentir basque a changé en 50 ans. Avant, on le manifestait de manière privée. Actuellement, on veut se montrer publiquement, notamment par le biais de festivals. 

Quelle est la source de cette fierté ?
Le contexte des Etats-Unis. Le mouvement Black Power s’est développé lors des années 1960-70 : la ferveur de montrer la fierté des Noirs Américains. Suite à cela, les gens originaires d’Europe ont commencé à faire de même, y compris les Basques. La première grande fête basque ouverte au public a eu lieu en 1959, à côté de Reno : on avait voulu montrer aux habitants locaux la culture basque dans une ambiance festive. Depuis, de tels festivals se sont multipliés, et ont lieu presque tous les week-ends, de mai à octobre, dans des villes différentes. 

Croyez-vous que ceux qui apprennent aujourd’hui l’euskara puissent apporter une nouvelle étape dans le contenu travaillé par la diaspora ? Au-delà du Mus, en se dirigeant par exemple vers la littérature orale et écrite en euskara ?
On introduit dans le contenu actuel de plus en plus de sens académique : l’apprentissage de l’euskara, des conférences, un travail autour du cinéma, l’histoire du Pays Basque... C’est une nouvelle évolution, et il faudra voir jusqu’où elle sera menée. Il y a depuis 1967 un centre d’études basque à l’université de Reno, et son influence se fait aussi sentir : ils ont commencé à travailler dans le même sens à Bakersfield, tout comme à Boise Idaho, un petit groupe s’est aussi monté à Santa Barbara... Sans oublier le travail effectué par l’institut Etxepare, qui crée de plus en plus de programmes. J’ai pu vivre de l’intérieur la construction de l’un de ces programmes, et je peux affirmer qu’il s’agit-là de véritables passerelles. Ce travail est en train de s’institutionnaliser : cela paraît clair lorsqu’il y a des partenaires comme le Gouvernement Basque et l’Institut Culturel Basque. 

De tout ce que vous avez évoqué ici, on peut donc affirmer que l’émigration basque est bien plus qu’un souvenir...
Il ne faut pas oublier qu’il s’agit d’un pan important de l’histoire du Pays Basque. Nous devons travailler cette mémoire là-bas, tout comme ici... Parce que nous avons aussi un joli chantier ! Par contre, comme le fait de se sentir Basque reste également vivant là-bas, il s’agit plus que d’une question de mémoire, oui. 

Est-ce important que la culture basque vive ailleurs qu’ici ?
C’est d’abord important pour la diaspora basque. En prenant un peu de distance, je dirais que cela peut aussi avoir une importance pour le Pays Basque : on donne une image positive à travers le monde. Il me semble que le Gouvernement Basque l’a bien compris. En tout cas, il aide beaucoup les associations basques... Au bout du compte, je crois qu’il est aussi positif pour nous, qui vivons au Pays Basque, d’avoir de telles portes d’entrée aux quatre coins du globe.

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