A partir de 1921

En 1921 fut jouée, à Saint-Pée-sur-Nivelle, la première pièce basque dans une salle paroissiale. Elle était de la plume de l’abbé Jean Barbier, curé de la paroisse. Puis, les villages de Hasparren, Saint-Jean-de-Luz, Ustaritz et enfin bien d’autres se lancèrent dans le théâtre.

  • La prépondérance du clergé

L’Abbé Piarres Larzabal, grand dramaturge basque déclarait lors d’une conférence prononcée en 1965 à Bayonne :

« Le théâtre basque de chez nous fut mis au monde, apprivoisé et affiné par le clergé et dans les salles paroissiales.
Les motifs qui poussèrent le clergé à faire du théâtre furent d’ordre basque et d’ordre moral. (…) Le cinéma s’implante partout… Le bal aussi… La facilité des transports, l’installation de l’électricité, permettant de transformer la nuit en jour, l’apparition des appareils radiophoniques, profanaient l’intimité de nos foyers et éparpillaient l’esprit communautaire paroissial.
Quelques-uns pensèrent endiguer ce raz de marée en criant contre les « temps modernes ».
D’autres, plus intelligents, comprirent la stérilité des oppositions verbales et la nécessité des adaptations efficaces… Le conservatisme ne mène à rien, car on n’arrête pas le progrès matériel. (…) Et croyez-moi le combat fut rude !
Comment habituer donc à ces « nouveautés » un public basque, rude et peu malléable ?… J’ai vu à Urrugne, un homme mûr armé d’un long bâton et chargé de mettre de l’ordre dans le coin réservé aux jeunes…  Certains curés firent au théâtre la séparation des sexes : hommes d’un côté et femmes de l’autre. La séance théâtrale débutait par une prière… »

Les premières troupes villageoises étaient composées uniquement de jeunes filles ou de jeunes hommes. Il était impensable de voir des pièces jouées par des troupes mixtes et ce, au moins jusqu’à la fin de la seconde guerre mondiale.
Ce mouvement théâtral était animé, essentiellement, par des responsables de la JAC (Jeunesse Agricole Chrétienne).
Dans la plupart des cas, les représentations avaient lieu à Noël, le jour du mardi-gras, les dimanches des Rameaux et de Pâques.

  • Les premiers auteurs :

L’abbé Jean Barbier (1875-1931) a écrit 7 pièces de théâtre, entre 1921 et 1931. L’abbé Léon Léon (1896-1962) en a écrit 6, entre 1930 et 1940. 
Mgr Justin Mirande curé-doyen de Hasparren, nous a laissé une douzaine de pièces. Il s’agissait, le plus souvent, de traductions-adaptations des pièces de Labiche et de Courteline. 
Parmi les auteurs de l’époque, citons également les abbés Jean Elissalde-Zerbitzari, Jean-Baptiste Etcheverry, Pierre Lafitte, Paul Guilsou, Ernest Bidegain, le Père Iratzeder, etc.
Dans une étude parue dans la revue « Gure Herria » en 1955, l’abbé Larzabal dénombre plus de 30 auteurs, ayant composé environ 200 pièces au total, généralement des comédies légères ou des farces, d’une durée de vingt à trente minutes.
D'autres oeuvres, plus importantes, ont également vu le jour en basque. Ainsi « Le médecin malgré lui » de Molière est devenu « Pettan mihiku », « Les fourberies de Scapin » = « Manez Azeri », ou « La cerisaie » de Tchekhov,  « Nesken aldi… ».

  • Les thèmes :

La majorité des thèmes développés dans ces comédies avait un aspect didactique et surtout moralisateur, dans la droite ligne de la doctrine de l’Eglise catholique.
Les thèmes les plus souvent évoqués étaient :

    • La condamnation de la sorcellerie,
    • le devoir d’obéissance,
    • la vertu,
    • la discipline,
    • les bienfaits de la religion catholique.

Les propriétaires terriens et les patrons étaient toujours représentés comme des gens biens tandis que les domestiques et les employés avaient tendance à voler, à mentir ou à manquer de respect.
Mais tout était prévu pour faire passer le message par le rire. Les gens venaient au théâtre pour se divertir. 
Le théâtre représentait pour eux une véritable fête. Un événement attendu de longue date. 
Et de voir leurs propres fils ou filles, des cousins ou des voisins ainsi maquillés et bien souvent travestis, cela ne faisait qu’aviver leur excitation !

  • Noms des villages où ces troupes étaient localisées :
    (Liste non exhaustive).
    • Labourd : Ascain, Briscous, Hasparren, Itxassou, Macaye, Mendionde, Mouguerre, Saint-Jean-de-Luz, Saint-Pée-sur-Nivelle, Sare, Urrugne, Ustaritz.
    • Basse-Navarre : Armendaritz, Ayherre, Banca, Baigorry, Estérençuby, Hélette, Ibarrolle, Iholdy, Irissarry, Lantabat, Les Aldudes, Ossès, Saint-Esteben, Saint-Jean-Pied-de-Port, Saint-Michel, Urepel et la troupe Hiruak Bat qui réunissait des jeunes de ces trois villages : Lacarre, Aïnhice-Mongelos et Gamarthe.

Curieusement, aucune information ne mentionne ce genre de théâtre dans la province de Soule. Province qui a été, en revanche, le berceau du théâtre de plein air, avec ses tragédies, ses pastorales et ses mascarades.

  • Le théâtre : passe-temps des célibataires

Les jeunes qui faisaient du théâtre étaient tous célibataires. Dès que l’un d’eux se mariait, il arrêtait immédiatement toute activité théâtrale. Il y a eu quand même quelques exceptions, à Hasparren notamment.

Les textes étaient choisis  par les prêtres et les mises en scènes assurées par le vicaire ou le curé du village, parfois par des enseignants de l’école catholique.
Ce mouvement de théâtre de patronage était très important et des concours furent organisés.

Ainsi, en 1951, seize troupes participèrent au concours intitulé « Teatroka », dont les éliminatoires eurent lieu à Saint-Jean-de-Luz, Hasparren et Saint-Palais. 
Liste des communes où ces troupes étaient localisées : Arbonne, Arbouet, Ayherre (filles), Ayherre (garçons),  Béguios, Biarritz (Oldarra), Briscous, Domezain, Hasparren, Macaye, Mauléon, Mouguerre, Orègue, Saint-Esteben, Saint-Jean-de-Luz, Urrugne.  
La finale, initialement prévue au théâtre municipal de Bayonne, se déroula en définitive à Hasparren, et c’est la troupe de Hasparren qui reçut le premier prix.