Koldo Amestoy

Koldo Amestoy

''Dans tout conte, je recherche le véritable sens''

  • ICB
  • 10-09-2010
  • Langue Basque

Koldo Amestoy (1952, Arraute) véhicule aujourd'hui la tradition orale du Pays Basque à travers le monde. Puisant dans les recueils de contes traditionnels, il les met au goût du jour et en crée de nouveaux. Il présente Biribilketa, son nouveau spectacle inspiré de la danse du même nom, le 30 mars 2011 à Koldo Mitxelena (Saint-Sébastien), dans le cycle "Iparraldea Bertan !".

Technicien du bâtiment et amateur de théâtre

K.A. : Je suis né à Arraute, petit village situé entre Saint-Palais et Bidache, il y a 57 ans. Mon père était fonctionnaire des Ponts et Chaussées, et ma mère, au foyer. J'ai suivi mes études à Saint-Palais, puis à Anglet en tant que technicien du bâtiment. A 17-19 ans, j'ai effectué, comme ouvrier, plusieurs métiers : maçon, charpentier, ...
C'est au même moment que toute mon histoire a commencé. Je suis quelqu'un de timide. Au lycée, un ami m'a amené au club de théâtre. Pensez ! Je ne savais pas ce qu'était le théâtre ! Je me suis investi à fond dans ce monde, et je me suis régalé. J'ai en quelque sorte trouvé une thérapie à ma timidité, mais j'ai aussi appris à appréhender le public.
Comme il fallait vivre, je me suis installé à Hasparren comme dessinateur dans le bâtiment. Tout en travaillant, j'ai suivi divers stages (théâtre, danse africaine, chant, etc.) par plaisir et par curiosité, avec l'envie d'approfondir le travail de scène.

Permanent d'AEK et chroniqueur radio

Dans les années 1980, j'ai été pendant deux ans responsable d'AEK (cours de basque pour adultes) pour le Pays Basque nord. Nous avons, avec les collègues de Bilbao, créé l'association AEK. J'ai animé aussi une émission en basque sur Radio Adour Navarre, première radio libre en Pays Basque nord. C'est là que j'ai commencé à conter.

Marionnettiste

Petit à petit, je suis devenu marionnettiste puis conteur. Un conte est structuré avec introduction, histoire et fin. Je trouvais là matière pour le spectacle de marionnettes. Après avoir abandonné les marionnettes, il me restait le conte. J'ai alors commencé à étudier le conte, la psychanalyse des contes de fées et à devenir conteur.

Les premières histoires

K.A. : J'ai raconté mon premier conte dans un camp d'été, à Bidarray. J'avais 25-26 ans.
En 1983, j'ai participé au festival des conteurs du monde en Dordogne. J'y ai rencontré des conteurs venant d'Egypte, d'Afrique. Je me suis rendu compte qu'ils se produisaient devant les adultes. A l'époque, le conte était pour moi destiné aux enfants. Je m'y produisis, en français pour la première fois, tant bien que mal. Je n'avais jusqu'alors raconté qu'en basque. Peu à peu je me mis à utiliser les deux langues. Je me rendis compte que chacune d'elles exigeait un travail particulier. Cette année-là, je décidai de devenir conteur professionnel.

Qu'est-ce qu'un conte ?

K.A. : Pour moi, un conte, c'est un paradis, un lieu particulier, un trésor. Certains paradis et jardins sont, pour moi, des perles précieuses. Le conte a sa propre nature, sa fonction, parfois cachée, peut-être parce qu'elle a été maintes fois racontée.
Lorsque je raconte une histoire, mon imaginaire est rempli d'images. Tout en les commentant, j'en invente de nouvelles. Chaque personne a ses propres images. C'est à nous de laisser au public le soin et le temps de les façonner. Il nous interpelle : "Ah merci ! Vous nous avez laissé dans nos rêves !". Pour suggérer un personnage, nous n'entrons pas dans les détails. Une fois la silhouette dessinée, le public l'habille à son goût. Pour cela, le silence est important dans un spectacle.
Nous redonnons vie aux contes, souvent endormis dans des livres.

Créateur et artisan du renouveau

K.A. : Oui, je crée, j'invente des contes qui viennent se mêler aux histoires plus anciennes.
Je porte aussi un regard nouveau sur le patrimoine traditionnel. Nous nous devons de respecter l'âme de nos contes traditionnels. Mais, en ajoutant quelques idées par-ci, de nouvelles pistes par-là, tout en gardant l'histoire, j'apporte une modernité au conte et je maintiens le lien avec le public. Nous jouissons d'une grande liberté. Les mots, le rythme, la manière de raconter ont changé.

Une musique particulière

K.A. : C'est vrai, le conte a en lui-même, (ou nous le lui donnons), un rythme particulier. Cette ambiance suscite l'envie de le prolonger avec un musicien ou un chanteur, à travers un travail en commun.
Par exemple, pour le spectacle "In vino fabula", j'ai rassemblé des textes se rapportant au vin, que j'ai ensuite adaptés. Avec le chanteur Pantxix Bidart, nous avons écrit des poèmes et nous avons réfléchi à l'articulation du texte avec la musique. Ce travail en binôme donne une grâce particulière au spectacle, tout laissant la place à l'improvisation et au plaisir de jouer.

Biribilketa

Je prépare un nouveau spectacle dont la première représentation aura lieu le 5 novembre à Hasparren.
La chorégraphe Pascale Lascano va y donner quelques pas de danse mais ce n'est pas un spectacle de danse. C'est avant tout une histoire, celle de Luma Beltz.
Biribilketa est la musique d'une danse, et aussi le nom donné à la spirale. Une chaîne humaine guidée par un danseur rentre en scène en formant une spirale et se retire. Je m'interrogeais depuis longtemps : "Pourquoi les gens se réunissent, sortent, puis repartent former une spirale ailleurs ?". Cette danse est répandue à travers le monde. Au Chiapas, elle s'appelle "danza del caracol". Les gens dansent ainsi des heures et des heures. Ce "caracol" avance toujours, changeant de point de convergence. Dans ce spectacle, j'entre dans la magie de cette danse que j'avais également envie de danser.

Dans tout conte, je recherche la véritable essence. Le symbolisme est pour moi très important, parce qu'il m'aide. Ces forces et ces signes qui nous ont été perpétués jusqu'aujourd'hui doivent être transmis vivants.

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